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2026

«LE SILENCE AVANT LA FORME : WUSHENG»

Exposition solo du 23 au 31 juillet 2026

Espace Paris

Vanities Gallery présente « Le Silence avant la forme : Wusheng », une nouvelle exposition personnelle de l’artiste contemporaine chinoise Cao Yuan. Commissariée par Zhou Wumo, avec le précieux soutien de Victoria et Thierry, directeurs de la galerie, cette exposition marque une nouvelle étape du cycle de création Wusheng, poursuivant son déploiement en France après sa première présentation à la Maison de Privas.

Sans rompre avec les réflexions initiées à Privas, cette nouvelle présentation transpose les questions du temps, de la mémoire, de la fibre textile et de l’existence dans le contexte singulier de Paris.

L’exposition ne se contente pas de changer de lieu : elle s’inscrit dans une nouvelle géographie culturelle, où les œuvres se réinventent au contact d’un autre paysage urbain.

Privas et Paris partagent presque les mêmes lettres. Un simple déplacement dans leur ordre suffit à faire naître deux mondes. Leur proximité phonétique contraste avec leurs identités profondes : Privas, ancrée dans son territoire montagneux, évoque un rythme lent, une temporalité intérieure, une relation intime au lieu ; Paris, capitale internationale de l’art contemporain, est traversée par la circulation permanente des regards, des cultures et des idées. De Privas à Paris, cette exposition n’est donc pas la répétition d’un projet existant, mais une véritable réécriture.

Comme les lettres qui recomposent un mot pour produire un nouveau sens, les œuvres trouvent ici une nouvelle résonance et développent une présence propre à leur nouvel environnement. Le terme « Wusheng » (无生) ne désigne ni le vide, ni la disparition de la vie. Il renvoie à un état originaire, antérieur à toute opposition entre naissance et disparition. Il désigne cet espace invisible où les formes n’existent pas encore, mais où circulent déjà les forces, les relations et les temporalités qui rendent leur apparition possible.

Au cœur de cette recherche, la ligne constitue le langage fondamental de Cao Yuan. Nouée, tissée, répétée, accumulée et déployée dans l’espace, elle transforme le geste patient du travail manuel en une architecture visuelle immersive. La ligne devient simultanément matière et trace du temps ; elle relie la mémoire du corps, l’expérience individuelle et l’espace d’exposition, dessinant un réseau invisible de correspondances sensibles. L’exposition rassemble installations textiles, photographies et œuvres vidéo dans un parcours où les différents médiums dialoguent pour construire une expérience contemplative. Les réseaux de fils, les structures géométriques et les textures minutieusement façonnées à la main instaurent un équilibre subtil entre ordre et organicité, limite physique et prolongement infini, silence et transformation permanente.

À travers cette mise en espace, le visiteur est invité à ralentir son regard, à retrouver un rythme plus intérieur et à percevoir les mouvements imperceptibles de la vie, souvent occultés par l’accélération du quotidien. Du Privas à Paris, Le Silence avant la forme : Wusheng accomplit une véritable traduction — géographique, linguistique et plastique.

L’exposition prolonge le cycle Wusheng tout en ouvrant une nouvelle réflexion sur la manière dont la fibre, la ligne et le geste permettent de réinterroger notre manière d’habiter le monde et de percevoir l’existence.

«CHAMP DE SYMBIOSE»

Dialogue parisien entre héritage culturel oriental et esprit contemporain

Exposition collective du 13 au 18 Juillet 2026

Espace Paris

La galerie Vanities a le plaisir de présenter l’exposition collective « Champ de Symbiose », réunissant cinq figures majeures de la création contemporaine chinoise. Bien que leurs démarches et leurs langages artistiques diffèrent profondément, leurs œuvres se rejoignent dans une même interrogation : comment, à partir d’expériences culturelles singulières, répondre aux enjeux du présent et repenser, dans le contexte interculturel de Paris, les relations entre l’être humain, la tradition, la nature et le monde.

 

L’exposition se déploie autour de la notion de symbiose. Celle-ci ne constitue pas un concept abstrait, mais une réalité concrètement explorée à travers des pratiques artistiques diverses. Matière, territoire, pensée philosophique, savoir-faire artisanal et écriture deviennent autant de voies autonomes mais interdépendantes. Chacun des artistes renouvelle l’expression de son héritage culturel dans un langage contemporain, tout en ouvrant un dialogue libre et égalitaire avec le monde.

 

Dans une ville comme Paris, longtemps porteuse de la tradition moderniste et des échanges transculturels, ces œuvres ne cherchent pas à se présenter comme une « orientalité » destinée au regard de l’autre. Elles s’inscrivent au contraire dans le débat contemporain par leurs propres méthodologies et leurs propres systèmes de pensée. Refusant aussi bien les stpéréotypes culturels que l’effacement de leur mémoire historique, elles réinventent les liens entre l’homme et la matière, l’homme et la nature, l’homme et le temps, au sein d’un contexte mondial en constante mutation.

 

La symbiose cesse alors d’être une simple coexistence culturelle pour devenir une structure dynamique en perpétuelle transformation : les expériences s’influencent, se pénètrent mutuellement et génèrent, à travers leurs différences mêmes, de nouveaux espaces de perception.

 

Luo Xiangke -  Trace, force et genèse de l’espace

 

L’œuvre de Luo Xiangke dépasse largement les frontières traditionnelles de la gravure. Pour lui, l’acte de graver constitue en lui-même un processus de formation du temps, de la force et de l’espace. Les incisions ne produisent pas seulement des images ; elles participent directement à la construction de l’espace. Ainsi, l’œuvre ne se limite plus à une surface visuelle, mais devient un véritable champ d’énergie constitué de traces.

 

Dans la série La Forme du vent, les entailles gravées sur le bois composent une structure complexe en perpétuel mouvement. Les lignes horizontales denses évoquent les ondulations laissées à la surface de l’eau par la pression du vent ; les incisions répétées créent une tension interne, tandis que les ruptures et les réserves viennent constamment perturber le rythme général de la composition.

 

Ces structures ne représentent pas le vent de manière descriptive ; elles donnent plutôt forme aux traces invisibles des forces qui traversent l’espace. Vent, courant, relief, pression atmosphérique, temps : autant de phénomènes imperceptibles directement, mais transformés ici en un ordre visuel sensible. L’abstraction de Luo Xiangke n’est donc pas celle de l’image, mais celle des mécanismes mêmes de l’énergie.

 

Contrairement à la tradition de la gravure centrée sur la reproduction de l’image, son attention se porte avant tout sur le geste de la taille. Le bois se transforme progressivement sous l’action répétée de l’outil ; chaque incision pénètre la matière et laisse une marque irréversible. Chaque trace est à la fois destruction et création, perte de matière et ouverture d’un nouvel espace.

 

Ses œuvres acquièrent ainsi une dimension à la fois picturale, sculpturale et topographique. Les lignes y fonctionnent comme des failles géologiques, des cours d’eau ou des trajectoires de forces naturelles. L’espace n’est plus construit par la perspective mais gravé dans les variations de densité, de direction et de rythme.

 

Au cœur de son travail réside une force invisible. Les tensions entre les lignes, les compressions et les expansions du noir et du blanc maintiennent la surface dans un état d’énergie condensée. Sous une apparente retenue demeure toujours un mouvement intérieur latent.

 

Cette attention portée à la force entretient une profonde affinité avec certaines conceptions orientales de la nature. Plus que le récit d’événements, l’artiste s’intéresse aux structures et aux traces laissées par les processus de transformation. Le temps cesse alors d’être un concept extérieur pour se déposer directement dans la matière et dans la gravure elle-même.

 

À l’heure d’une culture visuelle dominée par l’instantanéité, Luo Xiangke propose une expérience du regard fondée sur la lenteur. Ses réseaux d’incisions invitent le spectateur à pénétrer des dimensions plus profondes du temps et de l’espace.

 

Zhang Yue - Croître : reconstruire la perception et l’écologie

 

Installé depuis de nombreuses années dans l’ouest du Yunnan, Zhang Yue puise son inspiration dans un environnement marqué par l’humidité, l’abondance végétale, les variations lentes de la lumière et des saisons. Pourtant, sa peinture ne relève pas de la représentation paysagère au sens classique. La nature n’y apparaît pas comme un objet observé, mais comme une présence immersive qui enveloppe le corps et traverse la perception.

 

Dans Symphonie dans les herbes, l’ordre spatial traditionnel du paysage disparaît presque entièrement. Aucun point de vue stable, aucune hiérarchie visuelle ne subsistent. Feuillages, tiges, branches et particules colorées s’entrelacent pour former un écosystème visuel en expansion permanente.

 

Cette absence de centre est essentielle. Elle révèle que l’artiste ne s’intéresse pas à la nature comme image, mais aux relations vivantes qui se tissent entre les formes. Les superpositions, les infiltrations chromatiques et les croisements de lignes instaurent un ordre fluide où la nature devient un processus de génération continue.

 

Les points colorés qui ponctuent la surface occupent une place particulière. Rouges, jaunes ou noirs, ils évoquent le pollen suspendu dans l’air humide, les micro-organismes du sol ou encore les flux invisibles d’énergie qui traversent les écosystèmes. La peinture cesse alors d’être un simple enregistrement du visible pour devenir une reconstruction sensible de la perception écologique.

 

Oscillant constamment entre figuration et abstraction, les formes végétales demeurent reconnaissables tout en semblant flotter et se dissoudre. L’espace ne repose plus sur la perspective mais se construit lentement à travers les rythmes, les densités et les couleurs.

 

Dans un monde de plus en plus urbanisé et numérisé, où la perception est souvent réduite à la vitesse et à l’information, Zhang Yue réhabilite une attention lente. Son œuvre rappelle que la nature n’existe pas en dehors de l’homme : elle constitue une structure relationnelle dans laquelle l’humain et le monde se pénètrent mutuellement.

 

Ce qui importe finalement chez Zhang Yue n’est pas la représentation d’un paysage particulier, mais l’ouverture d’une nouvelle manière de percevoir la croissance. Dans son univers, la vie n’est jamais définie ; elle demeure toujours en devenir.

 

Huang Lingyun - Une conception orientale de l’espace à travers l’abstraction

 

Le travail de Huang Lingyun s’appuie sur une réflexion approfondie autour des structures culturelles et philosophiques. Plutôt que d’utiliser directement les symboles de la tradition, il puise dans la pensée chinoise ancienne ses conceptions de la relation, de l’espace et de l’ordre pour les transposer dans le langage de l’abstraction contemporaine.

 

La série L’Axe du silence en constitue un exemple emblématique. À travers une géométrie minimale et des textures discrètement élaborées à la main, l’artiste intériorise les notions orientales de vide et de plein, d’équilibre et d’axe, qui deviennent la logique invisible de la composition.

 

Ses œuvres renoncent à toute narration explicite et à toute figuration identifiable. Elles construisent un ordre interne fondé sur les proportions, les rythmes, les réserves et les relations spatiales. Sous leur apparente rigueur se manifeste pourtant une mobilité subtile : les frontières restent poreuses, les espaces communiquent, les formes demeurent en tension.

 

Contrairement à de nombreuses formes d’abstraction centrées sur l’expression subjective, Huang Lingyun s’intéresse avant tout à la notion de relation. L’œuvre n’est pas la projection d’une intériorité mais l’émergence progressive d’un système structurel.

 

Cette approche entretient une proximité profonde avec la pensée traditionnelle chinoise du vide. Ici, le vide n’est pas absence mais ouverture ; il permet aux relations de circuler. Les distances, les respirations chromatiques et les suspensions rythmiques construisent ainsi une véritable architecture spirituelle.

 

Son abstraction n’est donc pas un choix stylistique, mais une pratique de la pensée et de la perception. À travers elle, l’artiste pose une question essentielle : existe-t-il encore aujourd’hui un langage visuel capable de porter une conception orientale de l’espace au sein du monde contemporain ?

 

Face à une abstraction internationale souvent réduite à ses effets formels, Huang Lingyun réintroduit une dimension intellectuelle et philosophique au cœur du geste abstrait.

 

Zhou Zhitao Matière, artisanat et sédimentation du temps

 

La pratique de Zhou Zhitao prend racine dans l’art de la laque, tout en dépassant largement le cadre de la tradition artisanale. En intégrant la laque, le bois, la coquille d’œuf et d’autres matériaux dans le champ de l’art contemporain, il transforme le temps lui-même en composant de l’œuvre.

 

Accumulation, ponçage, recouvrement et incrustation deviennent autant d’opérations par lesquelles la temporalité s’inscrit physiquement dans la matière.

 

Dans la série Apocalypse, les couches successives de laque, les surfaces usées et les fragments de coquilles assemblés conservent les traces du travail manuel. L’œuvre ne se présente plus comme un résultat final, mais comme un processus continu d’accumulation et de sédimentation.

 

Cette valorisation du travail artisanal revêt aujourd’hui une importance particulière. À l’ère de la production numérique et de l’immédiateté visuelle, Zhou Zhitao revendique une temporalité lente et méditative. Chaque étape nécessite l’attente ; chaque polissage révèle une nouvelle profondeur. Le temps devient alors une structure interne de l’œuvre.

Sans recourir à la narration, ses matériaux transmettent des expériences fondamentales : fragilité et résistance, éclat et altération, naissance et disparition coexistent constamment. Les réseaux de fissures formés par les incrustations de coquilles d’œuf dans Apocalypse évoquent les cycles de destruction, de disparition et de renaissance.

 

Son travail ne constitue pas une simple réactivation de l’artisanat traditionnel. Il réinterroge au contraire, dans le contexte contemporain, la signification même du geste manuel, réintroduisant le travail, la durée et la matérialité dans les réflexions actuelles sur l’existence et l’expérience.

 

Tang Qishan Écriture, image et régénération du symbole

 

L’œuvre de Tang Qishan repose sur une recherche approfondie consacrée aux systèmes d’écriture anciens et aux motifs totémiques archaïques. À partir des inscriptions oraculaires, des symboles ancestraux et des formes issues du vivant, il extrait des éléments structurels qu’il simplifie, réorganise et transpose dans un nouvel ordre visuel.

 

Dans son travail, l’écriture cesse d’être un simple véhicule du langage pour retrouver sa dimension originelle de forme. Détachés de leur fonction sémantique, les signes deviennent des structures visuelles autonomes.

 

Le rythme des lignes, les correspondances formelles et les silences de l’espace construisent une expérience située entre lecture et contemplation. Dans la série Origines – Les êtres vivants, les figures animales entrelacées, les motifs solaires, les yeux stylisés et les symboles géométriques donnent une nouvelle vitalité aux perceptions ancestrales du monde naturel.

 

Cette transformation n’est pas une simple reproduction du passé. Les caractères archaïques et les totems deviennent ici des énergies visuelles toujours actives. Face à ces œuvres, le spectateur éprouve souvent une étrange familiarité : quelque chose semble provenir d’une mémoire ancienne, tout en demeurant impossible à traduire pleinement.

 

Ce qui intéresse véritablement Tang Qishan n’est pas le contenu du langage, mais l’instant qui précède sa fixation : ce moment où les signes restent encore liés aux formes naturelles. Son travail demeure ainsi ouvert, oscillant entre écriture et image, entre lecture et perception.

 

Dans un contexte où les frontières entre texte et image se redéfinissent sans cesse, il propose une autre possibilité : celle d’une écriture capable non seulement de transmettre du sens, mais aussi de redevenir une manière de percevoir le monde.

Les multiples chemins de la symbiose 

« Champ de Symbiose » ne cherche pas à formuler une réponse unique, mais à présenter cinq trajectoires parallèles :

  • l’une interroge le temps et l’espace à travers la gravure ;

  • l’une reconstruit le lien entre l’homme et son environnement par l’expérience du vivant

  • l’une réinvente une pensée orientale de l’espace au sein de l’abstraction ;

  • l’une inscrit le temps dans la matière par le travail artisanal ;

  • l’une régénère les héritages symboliques à travers les frontières mouvantes de l’écriture et de l’image.

 

Autonomes mais profondément résonantes, ces démarches incarnent ensemble le cœur de la symbiose : celle entre tradition et contemporanéité, entre expérience individuelle et mémoire civilisationnelle, entre pensée orientale et horizon mondial.

 

Réunies à Paris, elles donnent naissance à un dialogue artistique libre, ouvert et profond. Elles dépassent les oppositions traditionnelles entre Orient et Occident ainsi que les limites des récits culturels univoques, pour construire un nouveau champ de perception fondé sur la différence, la rencontre et la transformation.

 

Dans le contexte de la mondialisation, « Champ de Symbiose » révèle ainsi bien davantage que le parcours de cinq artistes. L’exposition témoigne d’une nouvelle posture de l’art contemporain chinois : indépendante, enracinée dans la profondeur de son héritage culturel, ouverte aux enjeux du présent et capable de faire entendre, sur la scène internationale, une voix singulière, calme et résolue.

 

La symbiose n’a jamais été une relation de dépendance. Elle est accomplissement mutuel. Elle n’est pas uniformisation, mais croissance dans la diversité. Telle est la valeur essentielle que cette exposition souhaite partager avec le monde.

«FOUGÈRE DES RUINES»

Exposition collective du 7 au 11 Juillet 2026

Espace Paris

Vanities Gallery présente la première saison du « Projet VANITIES », l’exposition collective FOUGÈRE DES RUINES.

Ce programme ouvert aux artistes émergents et non représentés vise à offrir une plateforme de visibilité et de dialogue aux créateurs entrant dans le monde professionnel de l’art. Dans un contexte mondial marqué par l’accélération des transformations historiques, économiques et technologiques, l’exposition prend pour fil conducteur les notions de ruine et de croissance.

La fougère, capable de s’enraciner dans les fissures des pierres et les vestiges abandonnés, devient ici la métaphore d’une force créatrice discrète mais persistante. L’exposition ne célèbre pas simplement la résilience de la vie ; elle interroge la manière dont les individus réintroduisent de la poésie, de la chaleur et du sens dans une époque traversée par les crises de la civilisation et de la nature.

Le « réenchantement » est envisagé comme une pratique visuelle qui naît dans les failles du réel. À l’image de fougères poussant dans les ruines, ces œuvres fragiles résistent à l’oubli et à l’aliénation et rappellent que les existences marginales possèdent encore la capacité de réparer le temps et de réveiller notre perception du monde.

Fang Lei — Dissolution, déclin et reconfiguration des formes du vivant

 

Le travail de Fang Lei s’intéresse aux transformations du vivant à travers le prisme du temps et de la perception. À travers la photographie, l’artiste capture des formes situées dans des états de transition, de métamorphose ou de déclin, brouillant les frontières entre expérience sensible et réalité objective. Des voiles chromatiques diffus, des textures en mouvement et des effets de flou dynamique dissolvent progressivement les contours reconnaissables des sujets, transformant les formes végétales en de subtiles compositions de couleur, de lumière et de rythme. Cette désintégration de la forme devient ainsi un moyen d’explorer la manière dont notre regard reconstruit continuellement le réel.

Dans le contexte de FOUGÈRE DES RUINES, les œuvres de Fang Lei répondent avec finesse aux notions de fragilité et de temporalité qui traversent l’exposition. Les pétales fanés d’iris violets, marqués par les plis, l’altération et la décoloration, révèlent les traces visibles de l’usure du temps, tandis que les fleurs parvenues à l’extrémité de leur floraison conservent encore une tension silencieuse. En faisant de la plante une métaphore de l’existence, l’artiste met en lumière la dignité qui subsiste face à l’érosion irréversible du temps et propose une réflexion sensible sur la disparition, la transformation et la persistance du vivant.

Jiang Wei — Traces matérielles, narration chromatique et métaphores abstraites de la nature

Les œuvres présentées par Jiang Wei prennent la forme de peintures abstraites réalisées à partir de techniques mixtes, dont le langage repose sur l’expressivité de la matière et l’intensité de la couleur. Construites par de généreuses superpositions de peinture, elles intègrent également des procédés de grattage, de fissuration et d’érosion qui font de la matérialité même du médium le principal vecteur d’expression. Délestée de toute référence figurative, sa pratique explore les capacités évocatrices de la surface picturale, où les tensions entre tons chauds et froids, les expansions chromatiques et les effets de craquelure composent un récit visuel de l’énergie, de la transformation et de la sédimentation du temps.

Dans le contexte de FOUGÈRE DES RUINES, les œuvres de Jiang Wei dialoguent avec les notions de vestige et de mémoire matérielle qui traversent l’exposition. Les fissures, les craquelures et les traces laissées par les gestes de construction et d’altération deviennent les manifestations visibles de l’usure du temps. Entre force et fragilité, agitation et apaisement, destruction et régénération, ces surfaces picturales révèlent la capacité de la matière à conserver les empreintes de son propre devenir et à faire émerger une poétique du changement.

Luo Xiangzhong — Traduction contemporaine de l’encre, formes évocatrices et récit intérieur

Les œuvres de Luo Xiangzhong s’inscrivent dans une démarche de réinterprétation contemporaine de la peinture à l’encre. S’appuyant sur les ressources traditionnelles du pinceau, des variations de densité de l’encre et des lavis colorés, l’artiste associe les héritages de la peinture lettrée chinoise à une sensibilité résolument actuelle. Les figures y sont progressivement simplifiées, déformées ou suggérées, tandis que les lignes et les masses d’encre acquièrent une autonomie croissante. De scènes intimistes à des expérimentations plus abstraites, son travail dessine un parcours qui mène de la représentation vers l’évocation.

Dans le cadre de FOUGÈRE DES RUINES, Luo Xiangzhong mobilise la fluidité et l’imprévisibilité de l’encre pour explorer les traces laissées par l’existence et les états de vulnérabilité intérieure. Les projections d’encre, les contours volontairement estompés et les subtils contrastes chromatiques deviennent les projections visuelles d’une sensibilité marquée par l’introspection, la distance et la fragilité. Sans recourir à une symbolique explicite, l’artiste construit un espace de résonance émotionnelle où la matière picturale traduit avec retenue les mouvements les plus discrets de l’expérience humaine.

Liang Kaixuan — Expressionnisme figuratif, matérialité picturale et récits de l’existence

Les peintures de Liang Kaixuan relèvent d’un expressionnisme figuratif dont la force repose sur la matérialité du médium. Par l’usage intensif de l’impasto et du couteau à peindre, l’artiste accumule couches, reliefs et marques gestuelles qui confèrent à ses œuvres une présence physique particulièrement affirmée. Les figures représentées échappent au réalisme strict au profit de formes simplifiées, déformées ou exagérées, tandis que les tonalités souvent restreintes renforcent l’intensité psychologique des compositions. Cette tension constante entre figuration et transformation fait émerger un langage visuel profondément subjectif.

Dans l’univers de FOUGÈRE DES RUINES, les œuvres de Liang Kaixuan font écho aux questions de ruine, d’aliénation et de vulnérabilité qui traversent l’exposition. Les déchirures visuelles produites par la matière, les silhouettes fragmentées et les atmosphères de distance ou d’inconfort traduisent les tensions auxquelles l’individu est confronté dans le monde contemporain. Les accumulations de peinture deviennent ainsi les équivalents matériels des marques laissées par le temps, révélant avec intensité les fragilités et les résistances qui façonnent l’existence.

Zhou Baiwen — Gongbi contemporain, temporalités naturelles et réinterprétation du paysage

Les œuvres de Zhou Baiwen associent les traditions du gongbi et de la peinture de paysage colorée à une approche contemporaine de l’image. À travers un dessin minutieux et l’emploi de pigments aux tonalités riches et lumineuses, l’artiste représente des environnements naturels foisonnants peuplés d’animaux, de végétaux et de phénomènes saisonniers. Ses compositions panoramiques témoignent d’une attention particulière aux rythmes du vivant, tandis que la précision des détails dialogue avec l’intensité expressive de la couleur.

Dans le contexte de FOUGÈRE DES RUINES, son travail apporte une réflexion sur les formes de coexistence qui unissent les êtres vivants à leur environnement. Les textures de la peau animale, les plumages chatoyants ou les variations chromatiques du paysage deviennent autant de manifestations sensibles du temps et de la croissance. En s’appuyant sur la rigueur du trait et la richesse de la matière picturale, Zhou Baiwen propose une vision apaisée du monde naturel, où permanence et transformation s’inscrivent dans un équilibre fragile mais durable.

Zhou Zhitao — Expérimentation transmédiatique, récits multiples et attention portée au vivant

La pratique de Zhou Zhitao se déploie à travers une grande diversité de médiums, allant de la peinture à l’aquarelle, de l’installation à la performance. Son parcours artistique témoigne d’une évolution progressive, depuis la réinterprétation contemporaine de symboles culturels jusqu’à des réflexions plus larges sur l’urbanisation, les groupes marginalisés, la liberté individuelle et les questions liées au vivant. Son langage visuel associe expressionnisme, observation sociale et démarche conceptuelle afin de construire des récits complexes où se croisent critique, mémoire et expérience humaine.

Dans le cadre de FOUGÈRE DES RUINES, les œuvres de Zhou Zhitao entrent en résonance avec les thèmes du changement, de la vulnérabilité et de la persistance. À travers l’accumulation et la confrontation de matériaux, l’artiste relie les traces de l’histoire aux préoccupations contemporaines et inscrit son travail dans une réflexion plus large sur le soin, la responsabilité et la condition humaine. Cette attention portée aux formes fragiles de l’existence confère à son œuvre une dimension profondément empathique, où la critique du réel laisse progressivement place à une réflexion sur la protection et la valeur du vivant.

Convergence des regards : six perspectives entre matière, vivant, individu et société

 

FOUGÈRE DES RUINES ne cherche pas à imposer une lecture homogène ni à construire un système visuel unifié. L’exposition propose au contraire un espace de rencontre où six démarches singulières se croisent, dialoguent et se confrontent.

La métamorphose des formes : par les effets de dissolution, de flou et de décentrement photographique, Fang Lei transforme le cycle de vie des végétaux en une réflexion visuelle sur le temps, l’altération et la perception.

La mémoire de la matière : Jiang Wei explore les possibilités expressives de l’épaisseur, du grattage et de la fissuration, faisant des craquelures et des érosions de la surface picturale les traces physiques d’une énergie en transformation.

L’introspection de l’esprit : Luo Xiangzhong transpose l’héritage de l’encre chinoise dans un langage contemporain de lignes et de formes évocatrices, saisissant, à travers les mouvements imprévisibles du pinceau et de l’encre, la fragilité et la distance qui traversent l’expérience intérieure.

Le poids de l’existence : à travers la matérialité brute de la peinture figurative expressionniste, Liang Kaixuan confronte les questions d’aliénation, de contrôle social et d’anxiété existentielle qui caractérisent notre époque.

Les temporalités du vivant : enraciné dans la tradition du gongbi et de la peinture polychrome, Zhou Mowen réinvente une vision poétique de la coexistence entre l’être humain et la nature, où l’ordre du trait dialogue avec la richesse sensible de la couleur.

L’engagement de la pensée : par une pratique transdisciplinaire et une forte dimension sociale, Zhou Zhitao fait évoluer son travail d’une critique du réel vers une réflexion profondément humaine sur le soin, la responsabilité et l’attention portée au vivant.

Ces six perspectives se déploient depuis les transformations microscopiques du vivant et les mutations de la matière jusqu’aux territoires de l’intériorité et aux réalités collectives de notre temps. Si elles empruntent des médiums, des techniques et des langages distincts, elles se rejoignent dans une même interrogation : comment penser, au sein du flux irréversible du temps, les relations qui unissent fragilité et résistance, destruction et renaissance, existence individuelle et monde commun ?

Les gestes, les traces et les imaginaires de ces six jeunes artistes se rencontrent ici comme autant de fougères surgissant au cœur des ruines. Discrètes mais déterminées, elles opposent leur persistance à l’effacement et à l’oubli, révélant la capacité de l’art à réparer les fractures de la perception et à réactiver les résonances profondes qui relient l’individu à son époque.

«STRATEGIE DE LA DOUCEUR»

Exposition du 4 juin au 4 juillet 2026

Espace Paris

Il y a dans le travail de Babayaga Pepperland quelque chose qui résiste à la classification — et c'est précisément ce qui en fait la force. Illustratrice basée à Épinal, formée aux Beaux-Arts de Metz, elle pratique la peinture numérique sur tablette graphique avec une rigueur et une sensibilité qui confondent ceux qui croiraient encore opposer le médium numérique à la profondeur artistique. Vanities Gallery est heureuse de lui consacrer, du 4 juin au 3 juillet 2026, sa première exposition personnelle parisienne.

Des poupées dans un monde qui ne les a pas choisies

Le fil conducteur de l'œuvre de Babayaga Pepperland tient en une métaphore qu'elle formule elle-même avec une clarté désarmante : ses personnages sont des poupées.

Chaque figure féminine qu'elle compose — femmes fortes, femmes perdues, femmes se transformant en animaux — est une poupée placée dans un monde où elle n'a pas eu le choix d'aller.

Ce sentiment de déplacement, d'étrangeté à soi-même, de se sentir spectateur de sa propre vie, traverse l'ensemble des œuvres présentées : «Nouveau Sac», «Elle Pleut», «Princesse», «Le Secret.», «Mon Ami», «Par Terre», «À Travers», «L'Invisible Tout Petit» — autant de scènes suspendues entre douceur et inquiétude, entre conte et fait divers.

Ce que l'artiste nomme elle-même une pratique « presque confessionnelle » n'a pourtant rien de l'épanchement. Tout est maîtrise, couche par couche, silence par silence. La couleur — chaude, sourde, parfois saturée jusqu'à l'alerte — sert de langage émotionnel là où les visages restent souvent voilés, masqués, tournés. Il y a dans cette retenue quelque chose de profondément juste : la vérité n'est pas dite, elle est montrée.

« Je ne suis pas sûre de ce que je suis. Peut-être une poupée que quelqu'un a oubliée de finir. »

dixi Sylvia Plath, The Bell Jar, 1963

 

Cette phrase de Sylvia Plath pourrait servir d'épigraphe à l'ensemble du travail de Babayaga Pepperland. Non par mimétisme littéraire, mais parce que les deux femmes partagent la même conviction : que le féminin non-achevé, non-domestiqué, est une forme de vérité plus haute que n'importe quelle image policée.

Une parenté artistique : entre Paula Rego et Léonora Carrington

Nous penserions volontiers à Paula Rego (1935–2022) — peintre portugaise longtemps sous-estimée, aujourd'hui reconnue comme l'une des voix majeures du XXe siècle — lorsqu'on contemple les figures de Babayaga Pepperland. Rego peuplait ses toiles de femmes-animaux, de poupées inquiétantes, de scènes domestiques chargées d'une violence souterraine. Elle aussi utilisait le conte pour dire l'indicible : la soumission, la résistance, le corps féminin comme théâtre de forces contraires. La même tension structure les compositions de Babayaga Pepperland, à ceci près que le numérique lui confère une palette de couleurs que Rego n'aurait peut-être pas osée, et une fluidité narrative propre à sa génération.

Plus inattendue — et plus révélatrice encore — est sa proximité avec Léonora Carrington (1917–2011), peintre et écrivaine surréaliste britannique exilée au Mexique, dont l'œuvre mêle ésotérisme, métamorphoses animales et féminité sauvage. Carrington peuplait ses tableaux de sorcières, d'hyènes, de femmes-oiseaux sans jamais céder au folklore : ses figures habitaient des mondes parallèles qui commentaient avec une précision chirurgicale les absurdités du monde réel. C'est exactement ce que fait Babayaga Pepperland. Elle-même le dit : elle se nourrit de contes, d'ésotérisme, de « choses qu'on cache sous le tapis ». Son pseudonyme lui-même — emprunté à la sorcière des contes slaves et à un vinyle oublié de William Sheller — dit tout de cette stratégie : attirer par le trouble pour mieux révéler.

Ce qui la distingue : la douceur comme arme

Là où Paula Rego assumait une frontalité parfois brutale, et Carrington une étrangeté onirique assumée, Babayaga Pepperland choisit une troisième voie : celle de la douceur comme stratégie de dévoilement. Elle crée, selon ses propres mots, « des images douces pour raconter des choses un peu dures ». Cette douceur n'est pas une concession au spectateur : c'est un piège bienveillant. Nous entrons dans ses images comme nous entrons dans un conte pour enfants — par la beauté des couleurs, la grâce des silhouettes, la tendresse des regards — et nous nous y retrouvons confronté à des vérités que nous aurions préféré ne pas voir.

La peinture numérique, chez elle, n'est pas un raccourci mais un choix philosophique : elle permet ce travail couche par couche, cette construction lente d'une image qui peut à tout moment être défaite, recommencée, nuancée. C'est une manière, dit-elle, de « mettre de l'ordre dans ses pensées, de transformer ses obsessions en images ». L'œuvre est thérapeutique sans jamais être complaisante.

À Vanities Gallery, cette exposition rassemble une quinzaine d'impressions sur dibond — un support mat, solide, qui amplifie la densité chromatique de ses compositions sans les aplatir. Des grands formats (jusqu'à 110 × 70 cm) aux pièces plus intimistes (20 × 20 cm), le parcours dessine une sorte d'encyclopédie du féminin déplacé, un bestiaire émotionnel où la métamorphose est toujours possible et jamais rassurante.

« L’INNOCENCE DES MONDES : DIALOGUE SILENCIEUX ENTRE GUO CHUNYAO ET ZHU QINGWEI »

Exposition du 18 avril 2026 au 26 mai 2026

Espace Paris

Vanities Gallery a le plaisir de présenter L’innocence des mondes, une exposition réunissant deux artistes chinois émergents dont les univers, bien que distincts, se rencontrent dans une même quête : celle d’une vision intérieure, délicate et poétique, qui réinvente notre manière de percevoir le réel.


Guo Chunyao et Zhu Qingwei incarnent deux tempéraments artistiques que tout semble opposer — la première tournée vers une adolescence du regard, l’autre engagé dans une lente et profonde auto-rédemption — mais qui convergent vers une même aspiration : libérer l’imaginaire pour lui offrir un espace de respiration.

Guo Chunyao — L’innocence comme territoire pictural

Née en 2000 à Hohhot, en Mongolie intérieure, diplômée de l’Académie des Beaux-Arts de Chine et aujourd’hui étudiante en master au sein du département de peinture à l’huile, Guo Chunyao s’impose comme une figure jeune mais déjà remarquée. Ses œuvres, exposées dans plusieurs musées de la province du Zhejiang et de Ningbo, lui ont valu une visibilité croissante ; l’une d’entre elles, Pont, a récemment été acquise par le Musée des Beaux-Arts de Keqiao.

La peinture de Guo Chunyao s’inscrit dans une filiation subtile avec les grands maîtres de la représentation de l’adolescence et de l’intériorité. Nous pensons bien évidement à Balthus (1908-2001), pour cette manière de suspendre le geste, de figer le temps dans une forme de rêverie inquiète. Nous  retrouvons chez elle le même sens du silence narratif, la même atmosphère de seuil, où tout semble sur le point de basculer.

Cependant, là où Balthus cherche la tension, Guo privilégie l’innocence : sa touche est plus transparente, son regard moins ambigu, plus tourné vers une douceur fragile qui refuse le cynisme contemporain.

Nous pouvons également rapprocher son travail de celui de Gwen John (1876-1939), dont les portraits se tiennent au bord d’une intériorité murmurée. Comme John, Guo Chunyao explore la présence discrète, la solitude choisie, l’espace domestique transformé en refuge mental. Mais là encore, sa singularité se manifeste dans une coloration plus lumineuse, dans une simplicité presque pastorale héritée de sa terre natale de Mongolie intérieure, où la vastitude des paysages imprègne la délicatesse de ses figures.

Guo Chunyao peint des moments d’enfance, d’attentes, d’interludes. Ses sujets — jeunes filles absorbées, architectures discrètes, ponts et jardins silencieux — évoquent une époque préservée.

Son œuvre propose une forme de romantisme contemporain : un romantisme sans emphase, où la naïveté n’est jamais naïve, mais revendiquée comme une force de pureté dans un monde saturé d’images.

Zhu Qingwei — Le monde comme espace d’auto-rédemption

Né en 1981 à Fushun, formé à l’Institut de Formation des Enseignants de Tieling, Zhu Qingwei — qui signe ses œuvres du nom poétique de Quan, « Fontaine » — développe depuis plusieurs années un travail d’une profondeur introspective rare. Enseignant en arts à l’Université des technologies de Mianyang, indépendant mais désormais représenté par la Vanities Gallery, il a récemment présenté ses œuvres à Pékin dans le cadre de l’Association Européenne d’Échanges Culturels.

Son œuvre forme, selon les mots de la curator Victoria Zhong, « un poème en prose sur l’auto-rédemption[1] ». Des premières séries de personnages aux méditations abstraites, des Nuages flottants à la série Espace S, Zhu Qingwei n’a cessé de déplacer son regard : d’une « boîte » microscopique, métaphore d’une intériorité confinée, vers un espace ouvert, cosmique, respirant.

Ses tableaux deviennent alors des paysages psychiques où se mêlent vortex temporels, nuées oniriques, déchirures spatiales et halos de sérénité.

Certaines œuvres de Zhu Qingwei évoquent la sensibilité vibratoire d’Eugène Jansson (1862-1915), notamment dans ses paysages nocturnes où la couleur se dissout en halos et en ondoiements. Comme Jansson, Zhu travaille la lumière comme une pulsation intérieure ; cependant, alors que Jansson tend vers une mélancolie silencieuse, Zhu Qingwei cherche une ouverture, un mouvement ascendant, presque thérapeutique, qui transforme la brume en renaissance.

D’autres tableaux rappellent la dimension atmosphérique d’Ivan Aivazovsky (1817-1900), non pour ses marines réalistes, mais pour sa manière unique de faire circuler la lumière au centre de la toile, de créer un cœur lumineux qui aspire le regard. Pourtant Zhu s’en distingue profondément : là où Aivazovsky magnifie la nature et la mer, Zhu explore un paysage psychique, un espace tournoyant où pétales, fragments et couleurs deviennent les échos d’un état intérieur.

Chez lui, la lumière n’est pas un phénomène météorologique : c’est une métaphore de l’auto-rédemption, une énergie qui travaille à l’intérieur et remonte vers la surface. Ses œuvres ne sont pas seulement des paysages intérieurs : ce sont des trajectoires.

Le travail de Zhu Qingwei s’inscrit dans une réflexion sur la perception, telle que l’analysent Nietzsche (1844-1900) ou Lacan (1901-1981), qu’il cite implicitement dans la structure même de ses images. Voir, pour lui, c’est douter ; percevoir, c’est se transformer.

Ainsi, ses ondulations colorée témoignent d’un artiste qui s’est « libéré du carcan de la vie », qui accepte l’inconnu, le vent, la dérive, la brume — tout ce qui fait vaciller la certitude pour ouvrir un nouveau champ de vision.

Deux artistes, un même souffle

Réunis pour la première fois à Paris, Guo Chunyao et Zhu Qingwei offrent une rencontre rare : celle de l’innocence et de la métamorphose, de la jeunesse du regard et de la maturité de l’âme.

Leurs œuvres dialoguent sans se confondre. L’une explore l’éveil ; l’autre, la guérison.
L’une marche sur un pont ; l’autre glisse dans les lignes.

L’exposition L’innocence des mondes célèbre cette convergence : deux manières de regarder le réel, deux façons de le traverser, toutes deux habitées par une poésie profondément humaine.

 

[1] Victoria Zhong : Zhu Qinqwei, un artiste de l’intime - 2024

« FIGURES INSTABLES, MIROIRS DU MYTHE »

Exposition solo du 6 mars 2026 au 11 avril 2026

Espace Paris

Vanities Gallery a le plaisir d’annoncer la présentation, au mois de mars, d’une exposition consacrée à l’artiste tchèque Tomas Jetela (né en 1986, Prague). Cette exposition s’inscrit dans la ligne curatoriale de la galerie, attentive aux pratiques picturales contemporaines qui interrogent les fondements historiques, symboliques et critiques de l’image.

Formé à l’Académie des Beaux-Arts de Prague (AVU), dans les ateliers de Michael Rittstein et Jiří Lindovský, Tomas Jetela développe depuis plus d’une décennie une œuvre picturale où la figure humaine demeure centrale. Son travail mobilise un vaste champ de références issues de l’histoire de l’art occidental, de la mythologie et de la pensée moderne, qu’il confronte à une lecture critique du présent.

Peinture figurative et héritage savant

La pratique de Tomas Jetela s’inscrit dans une continuité assumée avec les grandes traditions picturales européennes. La figure humaine y apparaît comme un lieu de construction et de déconstruction, traversée par des tensions historiques, culturelles et perceptives. Les corps représentés ne relèvent ni d’un naturalisme descriptif ni d’une abstraction formelle, mais d’un espace intermédiaire où se croisent mémoire visuelle et instabilité contemporaine.

L’usage de couleurs non naturelles, de carnations altérées et de disproportions anatomiques évoque les recherches maniéristes de la seconde école de Fontainebleau (env. 1559–1597), dont Jetela semble retenir la liberté chromatique et la complexité formelle. Cette filiation se manifeste dans une volonté de rompre avec la mimésis classique, au profit d’une image pensée comme construction intellectuelle.

Visages composites et fragmentation identitaire

Le traitement du visage constitue l’un des axes structurants de l’œuvre présentée à Vanities Gallery. Les figures de Tomas Jetela sont parfois marquées par des zones d’effacement, de brouillage ou de discontinuité. Ce procédé renvoie à une réflexion sur l’identité comme processus instable, soumis à des forces contradictoires.

 

Cette approche peut être mise en perspective avec l’œuvre de Francis Bacon (1909–1992), dont Jetela partage l’intérêt pour la déformation du visage comme lieu de tension entre apparition et disparition. Chez Jetela, toutefois, cette altération ne relève pas d’une dramatisation du corps, mais d’une interrogation sur la perte de lisibilité symbolique dans un monde saturé d’images.

Assemblages, métamorphoses et anamorphoses

L’influence de Giuseppe Arcimboldo (1526–1593) se manifeste dans la logique d’assemblage qui traverse de nombreuses œuvres. Les figures semblent composées d’éléments hétérogènes, comme si leur unité demeurait toujours provisoire. Le visage devient alors un espace de projection mentale plutôt qu’un lieu d’identification immédiate.

À cette logique s’ajoute un usage implicite de procédés anamorphiques, comparables aux effets produits par les miroirs convexes ou les « miroirs sorcières ». Certaines compositions imposent une lecture fragmentée et instable, engageant le regardeur dans une expérience où le sens ne se donne jamais d’un seul point de vue.

Surréalisme et ambiguïté perceptive

La peinture de Tomas Jetela dialogue également avec l’héritage du surréalisme, notamment avec l’œuvre de Salvador Dalí (1904–1989). Ce dialogue ne se situe pas dans l’imitation formelle, mais dans l’usage de l’ambiguïté perceptive, de la superposition des registres symboliques et de la coexistence de plusieurs temporalités au sein d’une même image.

Les scènes représentées fonctionnent comme des espaces mentaux, où mythologie, religion, culture populaire et références contemporaines se rencontrent sans hiérarchie stable. Cette coexistence produit un champ d’interprétation ouvert, où l’image demeure fondamentalement équivoque.

Mythes anciens et critique du présent

Les figures mythologiques récurrentes — Bacchus, Vénus, bacchantes, madones — ne renvoient pas à une relecture historiciste. Elles sont déplacées dans un contexte contemporain où leur charge symbolique est mise à l’épreuve. Le mythe devient un outil critique, révélant les mécanismes de désir, de pouvoir et de consommation.

Certaines œuvres introduisent une réflexion sur le système de l’art lui-même. La référence à Maurizio Cattelan (né en 1960), notamment à travers l’évocation de la banane fixée par un ruban adhésif, renvoie à une critique du marché de l’art et de ses logiques de valeur. Chez Jetela, cette critique s’inscrit dans le langage même de la peinture, médium historiquement associé à la marchandisation de l’image.

 

Peinture et non-mercantilisme

Cette position trouve un écho dans la pensée d’André Breton (1896–1966). Dans le Manifeste du surréalisme (1924), Breton affirme : « La beauté sera convulsive ou ne sera pas. »[1]. Cette phrase résonne avec la démarche de Tomas Jetela, dont la peinture refuse toute stabilisation esthétique ou toute réduction à une fonction décorative ou marchande.

La peinture demeure ici un espace de tension critique, où l’image conserve une capacité de trouble et de remise en question.

Une culture classique comme structure active

L’exposition présentée en mars à Vanities Gallery met en lumière un artiste dont la culture classique ne relève pas d’un simple référentiel iconographique, mais d’une structure de pensée. La maîtrise des grands récits de l’histoire de l’art permet à Tomas Jetela de produire des images où chaque figure fonctionne comme un nœud de références, de déplacements et de contradictions.

En accueillant cette exposition, Vanities Gallery affirme son engagement envers une peinture contemporaine qui interroge ses propres fondements historiques, tout en proposant une lecture critique du monde actuel.

 

[1] Breton, André (1896–1966). Manifeste du surréalisme. Paris, Éditions du Sagittaire, 1924.

"CARTOGRAPHIE DE L'OMBRE/ RECITS MURMURES DE LA MATIERE"

Exposition du 4 février 2026 au 3 mars 2026

Espace Paris

L’exposition présentée par Vanities Gallery rassemble un ensemble d’œuvres récentes de Jingyuan Chen (né en 1997). Né en 1997, Jingyuan Chen a suivi une formation initiale à l’Académie centrale des beaux-arts de Chine à Pékin (2015–2019), puis a poursuivi un cursus à l’École européenne supérieure d’art de Bretagne, site de Brest (2020–2023). Son travail a été présenté dans plusieurs expositions collectives et personnelles en France et en Chine, notamment « Les sombres chuchotements » (IANJI, Lyon, 2023) et « Corps pop, esprit dada » (Appartement Renoma, Paris, 2024). Ce double ancrage géographique et institutionnel nourrit une pratique où se croisent références européennes et héritages visuels asiatiques, non comme juxtaposition identitaire, mais comme champ de problématisation : comment une image circule-t-elle entre cultures, techniques et supports ? Comment la matérialité reconfigure-telle cette circulation ?

 

Cette pluralité des médiums ne relève pas d’une recherche de fusion spectaculaire, mais d’un questionnement méthodique sur la manière dont une image s’élabore matériellement et mentalement.

 

L’exposition se construit autour d’un ensemble de pièces où plâtre, peinture acrylique et images imprimées coexistent dans un régime discret de couches et de dépôts. Les surfaces ne cherchent pas l’effet mais l’activité lente de la matière : elles accueillent le retrait, l’effacement, la fissure, la reprise. Par le jeu du noir et du blanc, Jingyuan Chen ne reconduit pas la rhétorique classique de l’opposition binaire ; il installe plutôt une gradation continue où le sombre et le clair deviennent des opérateurs de lecture, presque des outils analytiques. Le noir n’est pas ici valeur dramatique ; il agit comme champ d’inscription et de retenue, tandis que le blanc fonctionne comme réserve, intervalle, ou suspension du visible.

 

Matérialité et image : entre cartographie intérieure et séquence visuelle

 

Dans ses séries récentes, l’artiste élabore des séquences visuelles que l’on peut lire comme des cartographies intérieures, où la mémoire et la fiction ne sont pas opposées mais articulées. Les fragments d’images photographiques intégrés aux surfaces enduites de plâtre sont partiellement recouverts, parfois absorbés par la matière picturale : l’image reproduite n’est plus un document, mais un événement de surface.

 

Cette approche s’inscrit dans une réflexion plus large sur le statut de l’image dans un environnement saturé de dispositifs visuels. En introduisant des ralentissements matériels — épaisseur du plâtre, résistance de la surface, temps de séchage — Jingyuan Chen réinstalle une temporalité de l’attention. Les œuvres ne proposent pas une narration explicite ; elles produisent une disponibilité à l’interprétation, où les figures émergent et se retirent selon le déplacement du regard.

 

Dialogues avec le XXᵉ siècle : continuités et écarts

 

Les œuvres de Jingyuan Chen se situent dans une histoire plus longue de la peinture de la matière et du noir. On peut d’abord penser à Pierre Soulages (1919–2022) : l’usage du noir comme champ opératoire, non comme simple couleur, ouvre un espace visuel où la lumière est produite par la texture elle-même. Toutefois, là où Soulages travaille l’unité d’une surface tendue vers le phénomène lumineux, Jingyuan Chen introduit des discontinuités, des insertions photographiques et des collages, déplaçant la question de la lumière vers celle de l’hétérogénéité de l’image.

 

Une autre proximité apparaît avec Antoni Tàpies (1923–2012), pour qui la matière — sable, poussière, empâtements — engageait une dimension à la fois physique et mentale de la peinture. Chen partage cette attention aux supports modestes et aux textures rugueuses. Mais, contrairement à Tàpies, qui inscrivait souvent des signes quasi-calligraphiques à valeur symbolique, Chen évite la stabilisation du signe : il laisse la surface dans un état de lisibilité partielle, refusant la clôture interprétative.

 

Ainsi, les références au XXᵉ siècle ne sont pas des citations mais des points de comparaison critiques. L’artiste se situe dans un champ où la peinture n’est ni abandonnée ni simplement réactivée : elle est réexaminée à partir de la matérialité, du rôle des images techniques et du rapport du spectateur au temps de regard.

 

Œuvres et dispositifs

 

Les œuvres présentées à la Vanities Gallery comprennent des pièces de grand et moyen format réalisées en plâtre, acrylique et photographies imprimées sur papier. Certaines travaillent une frontalité quasi architectonique ; d’autres adoptent une structure sérielle, comme si chaque élément constituait une variation méthodique sur les thèmes du recouvrement, de la fracture et de la continuité.

Dans plusieurs ensembles, les compositions demeurent proches du noir et blanc, non comme choix ascétique, mais comme restriction opératoire permettant d’examiner les écarts minimes : variation des gris, porosité des couches, transitions entre mat et brillant. Cette économie chromatique renforce l’attention portée aux textures : rainures, strates, zones d’absorption ou d’opacité.

 

L’exposition ne cherche pas à produire une synthèse ni à établir une « période ». Elle propose un ensemble de situations de regard. Chaque œuvre fonctionne comme espace de transition : entre image reproduite et surface travaillée, entre apparition et effacement, entre continuité et interruption. Le rôle du spectateur n’est pas d’identifier des motifs, mais d’accepter une forme d’attention prolongée, où la matière conditionne la lecture.

 

Dans ce cadre, la dialectique du noir et du blanc n’est pas seulement visuelle. Elle engage le rapport entre présence (ce qui se donne à voir) et réserve (ce qui reste en retrait). La texture agit comme médiation entre ces pôles ; elle rend sensible la manière dont une image est faite plutôt que simplement montrée.

"AU DELA DE LA MEMOIRE, AU PLUS PROFOND DU CORPS"

Exposition du 19 décembre 2025 au 31 janvier 2026

Espace Paris

Vanities Gallery a le plaisir de présenter l’artiste Ji SongLin (né en 1988 à Wuwei, Anhui, Chine), artiste pluridisciplinaire dont la pratique traverse la peinture, la sculpture, l’installation et la vidéo. Formé à la sculpture traditionnelle chinoise à Shenzhen puis aux arts contemporains à l’ESA Dunkerque & Tourcoing, Ji SongLin déploie une œuvre profondément ancrée dans le dialogue entre les cultures et dans une lecture sensible des gestes qui façonnent la vie humaine.

 

Son travail privilégie une approche philosophique, poétique et anthropologique des formes. Dans ses encres, ses sculptures ou ses films, l’artiste explore ce que le philosophe Shitao (1642-1707) nommait « l’unique trait de pinceau », origine commune à l’écriture et à la peinture.

C’est dans cette dynamique millénaire que s’inscrit Ji SongLin, tout en ouvrant cette tradition à une pensée résolument contemporaine.

Le geste répété : une mémoire en mouvement

​Depuis plusieurs années, Ji SongLin travaille la répétition du trait sur papier xuan[1], un support choisi pour la vibration de ses fibres. Ses larges surfaces d’encre sont constituées de lignes rigoureuses, méthodiquement reprises, mais jamais identiques. Cette tension entre uniformité apparente et singularité réelle renvoie à une vérité fondamentale de son œuvre : chaque ligne est un être, chaque geste est une vie.

 

Dans cette dimension performative du trait, son travail évoque naturellement On Kawara (1932-2014) ou Roman Opalka (1931-2011), artistes pour lesquels le geste répétitif constitue la matrice du temps vécu. Pourtant, là où Kawara et Opalka archivaient la durée ou le passage des jours, Ji SongLin fait vibrer un espace où l’identité de chaque ligne prime sur la stricte notion de chronologie. Son encre n’archive pas le temps : elle révèle la présence.

On peut également rapprocher certaines pièces de Ji Songlin de la matérialité vibrante de Pierrette Bloch (1928-2017), dont il partage l’attention pour la ligne, l’infime variation et le rapport entre matière noire et lumière. Toutefois, alors que Bloch privilégiait la fragmentation et la tension ponctuelle, Ji SongLin explore un continuum, une densité presque méditative, où le geste devient paysage intérieur.

Entre Chine et France : traditions, déplacements, continuités

​Les œuvres de Ji SongLin sont nourries par le fonds spirituel chinois immemorial, celui où peinture, geste et méditation s’entrelacent. Comme Shitao l’affirmait :

« Je laisse les choses suivre les ténèbres des choses, et la poussière se commettre avec la poussière ; ainsi mon cœur est sans trouble, et quand le cœur est sans trouble, la peinture peut naître. » Dixit Shitao, Les Propos sur la Peinture du Moine Citrouille-Amère, XVIIᵉ siècle.

Cette pensée irrigue les travaux à l’encre de l’artiste, pour qui la peinture n’est jamais décorative : elle constitue un espace de concentration, de présence et de circulation.

Son œuvre filmique s’inscrit dans un mouvement similaire de résonance culturelle. Les paysages du Nord de la France, les terrils, les archives minières et la mémoire collective deviennent matière à une exploration symbolique. Dans Manger la montagne (2020), les images s’organisent autour de la sensibilité des lieux, d’une géologie humaine, d’une méditation sur les ressources, les gestes de travail et les systèmes de transmission. La Chine et la France dialoguent ici non pas par leurs réalités politiques, mais par ce qui relie les civilisations : les récits du travail, la matière, la mémoire, la transformation.

Un vocabulaire plastique en construction permanente

​La recherche de Ji SongLin ne se limite jamais à un médium unique. Chaque œuvre, chaque cycle, compose une véritable grammaire visuelle. La ligne y circule comme un souffle qui structure l’espace ; la sculpture, elle, se fait trace, empreinte ou résonance d’un geste originel. La vidéo ouvre la voie d’un récit en mouvement, tandis que la photographie explore la lente disparition de l’image dans le temps, comme si chaque capture contenait déjà sa propre évanescence.

Son travail construit ainsi un « système de correspondances » au sens baudelairien du terme : un monde où matières, gestes et mémoires s’appellent les uns les autres.

 

Une exposition pensée comme une traversée

​Pour cette exposition à Vanities Gallery, Ji SongLin présente un ensemble d’œuvres récentes autour du geste, de la trace et de la transformation de la matière. Les encres de grand format répondent à des videos tandis que des travaux photographiques forment des espaces de transition. L’ensemble compose une traversée poétique, presque musicale : un paysage intérieur fait d’ombres, de transparences et de respirations.

 

[1] Le papier xuan (宣纸), parfois appelé « papier de riz » dans le langage courant mais sans aucun lien avec le riz, est un papier traditionnel chinois fabriqué depuis plus de mille ans dans la région de Jingxian, province d’Anhui. Classé patrimoine culturel immatériel en Chine, il est conçu à partir d’un mélange de fibres de pteroceltis tatarinowii (bois bleu) et de paille, longuement battues et filtrées selon un procédé artisanal. Sa structure fibreuse irrégulière lui confère une capacité d’absorption exceptionnelle : l’encre y pénètre rapidement tout en conservant une grande richesse de nuances, permettant au geste du pinceau de révéler directement la respiration, la vitesse et l’intensité du mouvement. Très résistant au vieillissement, le papier xuan est réputé pour offrir une longévité de plusieurs siècles, ce qui en fait le support privilégié de la calligraphie et de la peinture lettrée, ainsi que des pratiques contemporaines qui explorent le lien entre geste, matière et temporalité.

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