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Exposition "L'éternité effacée" de Zhao Qichao

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Vanities Gallery présente une exploration de paysages disparus et de mémoires fragiles. Zhao Qichao invite le spectateur à traverser la Chine, l’Ethiopie et le Népal avant que le temps et les catastrophes n’effacent leurs traces. Ses images capturent des ruines, des temples et des lieux de vie désormais transformés, oscillant entre document historique et création artistique.

 

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Né en 1963 dans le Heilongjiang, Zhao Qichao vit et travaille aujourd’hui à Qingdao, dans le Shandong. Son parcours, à la fois enraciné dans la réalité contemporaine et profondément personnel, s’exprime par une photographie où la précision technique rencontre la sensibilité poétique. Chaque cliché transforme l’ordinaire en révélateur de l’intime, chaque scène devient matière à réflexion sur le temps, la culture et la mémoire collective.

                     

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Exposer un photographe implique un choix minutieux : d’une carrière qui peut compter des dizaines de milliers de clichés, seules certaines séries trouvent leur place dans l’espace d’exposition. Pour cette quinzaine, Vanities Gallery a sélectionné trois « transhumances » de Zhao Qichao : la Chine, l’Ethiopie et le Népal. Ces voyages révèlent autant le regard d’un artiste que la force d’un témoin, mêlant archives visuelles et images poétiques.


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L’exposition questionne subtilement la frontière entre reportage et création artistique, laissant aux visiteurs le soin d’observer, de ressentir et de se laisser traverser par le temps que la photographie fixe. Chaque image est une empreinte, un témoignage du monde et des hommes qui l’habitent, captée par un regard unique.

 

Nous pourrions rapprocher son travail à celui de Jeff Wall et de Sebastião Salgado, deux figures majeures de la photographie contemporaine. Avec Jeff Wall (né en 1946), Zhao Qichao partage une approche où la photographie n’est jamais un simple enregistrement du réel, mais une construction visuelle et intellectuelle. Là où Wall recompose ses images comme de véritables tableaux, Qichao s’attache à révéler la densité symbolique des ruines, des paysages ou des gestes quotidiens. Dans les deux cas, l’image devient un espace de méditation, où l’esthétique et la pensée se confondent. Toutefois, si Wall déploie une théâtralité héritée de la peinture d’histoire, Qichao, lui, privilégie une économie de moyens : il travaille avec la lumière naturelle, la texture brute des matériaux, l’altération du temps. Son art repose moins sur la mise en scène que sur l’attente patiente et l’observation méditative.


 

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La comparaison avec Sebastião Salgado (né en 1944) s’impose également, tant les deux photographes interrogent la fragilité de l’humanité et la puissance de la nature. Comme Salgado, Qichao capte des visages, des lieux et des communautés en voie de disparition, avec une attention soutenue à la dignité des sujets. Le noir et blanc granuleux de Salgado, qui confère une dimension universelle et quasi biblique à ses images, trouve un écho dans la rigueur formelle de Qichao. Pourtant, ce dernier se distingue par une approche plus silencieuse, presque archéologique : ses images ne proclament pas, elles murmurent. Elles ne dramatisent pas la perte, mais invitent à contempler le lent effacement des traces, dans une temporalité étirée.


Ainsi, entre Wall et Salgado, Zhao Qichao occupe une position singulière. Sa photographie combine la précision documentaire et l’élan poétique, mais elle refuse le spectaculaire comme l’excès d’esthétisation. Elle explore plutôt les interstices : les fissures dans la pierre, la brume qui recouvre les vallées, le geste ordinaire de puiser l’eau. Ces détails deviennent signes d’une mémoire fragile, mais persistante.


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Philosophiquement, son œuvre pourrait être lue à la lumière de Walter Benjamin (1892-1940): chaque cliché est une « image dialectique* », où le passé surgit dans le présent, où la ruine devient à la fois trace et révélation. Qichao ne cherche pas à sauver ce qui disparaît, mais à inscrire dans la durée la conscience de cette disparition.


En définitive, l’exposition révèle une esthétique du passage : entre reportage et art, entre Orient et Occident, entre mémoire et oubli. Le spectateur est invité à une expérience contemplative, à la fois intime et universelle, où la photographie agit comme un dispositif de mémoire sensible et philosophique.


* : « L’image est ce en quoi l’Autrefois rencontre le Maintenant dans un éclair pour former une constellation. » par Walter Benjamin, Das Passagen-Werk (Le Livre des Passages), éd. Rolf Tiedemann, Suhrkamp, rédigé en 1927 mais publié en 1982 (édition allemande).




Zhao Qichao (né en 1963) est un photographe contemporain chinois, né dans la province du Heilongjiang et vivant actuellement à Qingdao, dans le Shandong. Ses œuvres se situent à la croisée du documentaire et de l’art, s’intéressant à la disparition du temps, de la mémoire et de la culture. Ses images se concentrent sur les ruines, les temples et les scènes de la vie quotidienne, révélant les traces du temps et la densité symbolique des espaces grâce à une lumière naturelle et une composition subtile.

 

Le travail de Zhao Qichao hérite du sens humaniste de Sebastião Salgado tout en intégrant la méditation et la contemplation propres à la philosophie orientale. Par son observation patiente et son regard méditatif, il transforme la photographie en un outil de réflexion sur le temps, la mémoire collective et l’existence. Ses œuvres sont à la fois des archives visuelles et un témoignage poétique de la fugacité du monde.


Lalibela — La visualisation et la possibilité de la foi


Le travail photographique de Zhao Qichao à Lalibela, en Éthiopie, n’est pas seulement un voyage vers l’ailleurs, mais une exploration de la manière dont la foi peut être perçue et rendue visible. Depuis son invention, la photographie porte la mission de rendre l’inconnu perceptible ; dans un lieu profondément imprégné de croyance comme Lalibela, l’image devient un pont entre le spirituel et le réel.

 

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La foi relève d’une activité spirituelle, mais lorsqu’elle se transforme en quête collective, elle doit s’exprimer à travers des signes visibles, des rituels, des espaces et des gestes. La photographie devient alors un moyen d’approcher cette réalité : dans les visages des fidèles, dans leurs actions et leurs vêtements, se révèlent les traces concrètes d’une pratique spirituelle. Par la sensibilité de son regard, Zhao Qichao parvient à saisir ces instants, permettant au spectateur de ressentir la sérénité et la solennité propres à la foi.

 

Plus fascinante encore est la relation entre le photographe et ses sujets. Étranger à ce monde, Zhao maintient une juste distance tout en cherchant à pénétrer la vie intérieure de la communauté. En seulement deux jours de travail, il parvient à créer une atmosphère d’une grande sincérité, comme si les barrières culturelles et linguistiques s’étaient effacées sous la force silencieuse de la croyance.


Peut-être est-ce grâce à cette attention respectueuse que les croyants se montrent avec tant de naturel, et que les images trouvent un équilibre entre le réel et le mystère

 

Ces photographies ne se limitent pas à documenter une vie religieuse ; elles instaurent, dans l’acte même du regard, un lien nouveau entre photographe, sujets et spectateurs. L’image n’est plus simple représentation, mais passage d’une énergie spirituelle. À travers le travail de Zhao Qichao, une résonance silencieuse et profonde se tisse entre Lalibela et chacun de nous.


Une autre vision de la Chine — La poétique photographique de Zhao Qichao


Dans l’œuvre photographique de Zhao Qichao, le paysage chinois ne se limite pas aux montagnes et aux rivières : il devient une métaphore du temps, de la culture et de la condition humaine. Qu’il s’agisse du nord avec Yu Xian ou du sud avec Le Qiantang Jiang, ces deux séries révèlent une même profondeur du regard — une interrogation sur la terre, les modes de vie et la mémoire culturelle.


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La série Yu Xian, réalisée en noir et blanc à la chambre grand format, évoque la tranquillité des villages fortifiés, les demeures anciennes, les visages empreints de dignité. L’objectif ne se contente pas d’enregistrer, il dialogue avec les êtres. Dans ces images, la lumière et la texture confèrent à la réalité une densité sensible : la mémoire devient palpable, la vie quotidienne atteint à l’art.

 

Avec Le Qiantang Jiang, Zhao élargit son regard grâce au format panoramique 6×17. Son objectif traverse les villes et les villages du Jiangnan, captant les friches, les rives silencieuses, les routes désertes. Ces paysages, vidés du tumulte, semblent suspendus dans le temps. La photographie n’y reproduit plus le réel : elle devient une forme de pensée, une méditation sur la relation entre l’homme et son environnement, sur la mémoire et la disparition.

 

Entre ces deux ensembles circule un même souffle : une redéfinition du “réel” et du “beau”. Par une approche calme et retenue, Zhao Qichao transforme le documentaire en un espace de contemplation. À travers ses images, c’est la respiration même de la terre chinoise qui se révèle — un réalisme empreint de poésie.


Le Pays des Dieux 


Au Népal, Zhao Qichao ne cherche pas à capturer l’exotisme, mais à comprendre un territoire où le sacré et le quotidien s’entrelacent. Son appareil ne décrit pas, il écoute — la lumière qui traverse les temples, la poussière qui se mêle aux prières, les visages habités par la foi.


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Dans ce pays que l’on nomme « le pays des dieux », tout semble à la fois en équilibre et en transformation. Les montagnes deviennent des lignes de silence, les rues de Katmandou respirent comme des rituels en mouvement. Zhao se déplace lentement, attentif à l’ordinaire : un geste d’offrande, un enfant jouant près d’un autel, une femme qui allume la lampe du soir.

 

Ce qui l’intéresse, ce n’est pas la ferveur spectaculaire, mais cette continuité subtile entre la vie et la croyance, entre l’humain et l’invisible. Dans ses images, la spiritualité n’est pas un thème — elle est une présence diffuse, un rythme intérieur.

 

Le noir et blanc renforce cette sensation de temps suspendu : les ombres deviennent mémoire, la lumière prend la forme d’un souffle. Les photographies de Zhao Qichao ne cherchent pas à représenter le Népal, elles en révèlent la respiration.

 

À travers cette série, l’artiste construit une méditation visuelle sur la coexistence du visible et de l’invisible, du fragile et de l’éternel, une quête silencieuse, où chaque image devient une prière pour le monde.


Victoria Zhong


Principales expositions récentes:


• 2025 : 11e Festival international de photographie de Séoul (KIPF), Qiantangjiang – Séoul (Corée), commissaire : Zhang Hongwei

• 2024 : SIM International Image Art Project 2024 L’état sauvage dans le monde des arts martiaux, Qiantangjiang – Shanghai (Chine), commissaire : Liang Chen

• 2024 : La visualisation de la foi et ses possibilités – Exposition de photographies de Yang Yankang & Zhao Qichao, Lalibela 2019 – Galerie Ruipin, Shanghai (Chine), commissaire : Gu Zheng

• 2023 : 5e Beijing Art Fair, Lalibela 2019 & Yuxian – Pékin (Chine), commissaire : Zhang Hongwei

• 2023 : Trois compagnons – Exposition de photographie directe, Lalibela 2019 – Xiamen (Chine), commissaire : Zhang Hongwei, avec les artistes Gai Shaohua, Yu Tao et Zhao Qichao

• 2023 : 5e Symposium international de photographie et Festival de photographie de Lishui 2023, Lalibela 2019 – Lishui (Chine), commissaire : Zhang Hongwei

• 2023 : Art Xiamen International Fair, Lalibela 2019 – Xiamen (Chine), commissaire : Zhang Hongwei

• 2023 : JINGPHOTO Beijing Photo Art Fair, Personnages de l’opéra Jinju – Pékin (Chine), commissaire : Lu Zhengxu

• 2022 : 5e Festival international de photographie maritime d’Incheon et exposition thématique Quatre saisons dans le monde humain, Fête populaire de Yuxian – Incheon (Corée), commissaire : Wang Pan

• 2021 : Festival de photographie de Lishui – Exposition thématique Voir les montagnes et contempler l’eau, Ville pétrochimique, cité des cent lacs – Lishui (Chine), commissaire : Wang Pan • 2021 : Exposition personnelle Éthiopie – Espace d’art Découverte Arc-en-ciel, Pékin (Chine), commissaire : Liu Zheng


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Publications :


• 2025 : Qiantangjiang, Éditions des artistes de Chine

• 2024 : Lalibela 2019, Galerie Xi

• 2022 : Le Pays des dieux, Librairie photographique Découverte Arc-en-ciel

• 2021 : Éthiopie, Librairie photographique Découverte Arc-en-ciel

• 2019 : Chroniques photographiques de Yuxian, Éditions scientifiques Phoenix du Jiangsu


Exposition "L'éternité effacée" de Zhao Qichao

du 14 au 29 novembre 2025

Vernissage public le vendredi 14 novembre à partir de 18h30



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Vanities Gallery

17, rue Biscornet

75012 Paris

du mardi au samedi

de 10h30 à 18h30

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