Exposition "Icônes du silence" - Pathosformel et effacement - Notes sur la peinture de Xun Wu
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Wun XU - Exposition solo du 3 au 11 septembre 2026
Vernissage : jeudi 3 septembre à partir de 18h30
Vanities Gallery - 17, rue Biscornet 75012 Paris

Vanities Gallery présente la première exposition parisienne de Xun WU, artiste et théoricien chinois de l'image, du 3 au 11 septembre 2026.
Peintre et docteur en esthétique, Xun Wu construit depuis quinze ans une œuvre qui traverse librement les vocabulaires sacrés de l'Orient et de l'Occident pour interroger, hors de toute appartenance confessionnelle, ce que la représentation du corps doit encore à l'histoire de l'art.
Le concept warburgien de Pathosformel désigne la survivance, à travers les siècles, de formules gestuelles et émotionnelles chargées d'une intensité pathétique - le corps en extase, le corps en deuil, le corps chassé, le corps en offrande. Pour Aby Warburg (1866-1929), ces formules ne sont pas des citations stylistiques, mais des engrammes culturels qui reviennent hanter les images lorsque l'histoire les rend à nouveau nécessaires. C'est à partir de cette persistance que l'œuvre de Xun Wu peut être lue : non comme un retour à Masaccio ou à Piero della Francesca, mais comme la réactivation de leur Pathosformel dans un contexte où le dogme qui les portait s'est effacé.
UN PARCOURS ENTRE CHINE ET ITALIE
Né en Chine, Xun Wu dirige le département d'art transmédia de l'Université Normale de Nanjing et enseigne comme professeur invité et directeur de doctorat en arts à Kasem Bundit University, Thaïlande.
Docteur en philosophie - esthétique - de l'Université Renmin de Chine (2019), il s'est formé en Italie, à l'Académie des Beaux-Arts de Brera à Milan et à celle de Naples, avant de diriger le Collège des médias numériques de Suzhou. Plusieurs fois primé - Kan Tai-keung Future Masters Award de Hong Kong, Zijin Award - collectionné par le Musée national de Chine et le Centennial Tower de Singapour, il a exposé à Naples, Florence, Taipei, Nanjing, Singapour, Pékin et, en 2024, à la galerie Il Leone de Rome.
Cette double formation n'est pas un élément biographique anecdotique. Elle est la matrice de son travail : une pratique qui a appris la tempera à l'œuf et la préparation du panneau de bois dans l'atelier du Quattrocento, et qui pense simultanément à partir des concepts de l'iconographie bouddhique.
UNE ICONOGRAPHIE PARTAGÉE, SANS DOGME
L'exposition réunit une vingtainede peintures où se répondent deux mémoires visuelles. D'un côté, celle de la Renaissance italienne et de l'art sacré chrétien : une Pietà aux carnations dorées cernées de rouge sombre, une descente de croix traitée en clair-obscur presque monochrome, des figures d'une gravité frontale, des mains et des avant-bras cadrés comme des ex-voto. Devant ces panneaux sur bois, on songe à la sobriété monumentale de Masaccio ou de Piero della Francesca, à la tradition des retables siennois.
De l'autre côté, celle de l'iconographie bouddhique : Ignorance, Désir, Cessation, Entrevue karmique, Renaissance - titres qui égrènent les étapes d'une méditation sur l'attachement et la formation, elles-mêmes reprises dans des panneaux peints à la détrempe à l'œuf ou à la tempera à l'huile sur bois, technique héritée directement des retables du Quattrocento.
Chez Xun Wu, ces deux généalogies ne s'opposent pas : elles se citent l'une l'autre. L'artiste s'en explique sans détour : « Je ne peins pas pour une croyance, je peins avec la mémoire des croyances. La Pietà et le vide bouddhique me servent la même question : que reste-t-il du corps quand on lui retire l'histoire qu'on lui raconte ? »
Cette double filiation affleure jusque dans le choix des matières - tempera à l'œuf, huile, acrylique - dans une palette qui va des rouges profonds de la Pietà aux camaïeux de terre et aux bleus nocturnes, mais aussi dans certaines mises en scène, telle une descente de croix ou dans des mains et avant-bras cadrés comme des ex-voto.
LE CORPS COMME LIEU DE LA QUESTION
Le corpus présenté permet de suivre trois variations sur le corps.

1. Le corps de la dévotion. L'œuvre éponyme de la Pietà en est le centre. Trois figures soutiennent un corps christique livide sur un fond de rouge incendié et de jaune d'or. La composition est volontairement instable : les corps s'entrelacent, les regards ne se croisent pas. Xun Wu ne restaure pas l'image sacrée, il en éprouve la persistance. Le corps n'y est plus le support d'une doctrine, il devient une forme disponible, chargée d'une mémoire que l'artiste déplace.



2. Le corps genré et désirant. Un second ensemble rompt avec la référence sacrée. On y voit des figures féminines contemporaines : une femme fumant dans une lumière bleutée de type Caravage revisité, un gros plan sur un bassin vêtu d'un sous-vêtement vert acide tenu par deux mains aux doigts brunis, une figure aux yeux bandés de blanc qui allume une cigarette. Le rapprochement avec l'esthétisme de l'hyperréalisme des années 70 est ici volontairement convoqué, puis déjoué par un traitement pictural qui laisse apparaître la trame, la transparence du corps, la fragilité du support. Le corps genré, le désir, la vulnérabilité ne sont pas montrés comme des sujets, mais comme des conditions de visibilité. L'artiste cite ici sans nostalgie : il confronte la peinture savante du corps à la banalité du geste contemporain.


3. Le corps de l'expulsion - Hommage à Masaccio. La toile aux deux figures dorées enlacées sur fond de calligraphies blanches effacées est une relecture directe de l'Expulsion d'Adam et Ève du Paradis terrestre de Masaccio (1425, chapelle Brancacci).
Xun Wu, qui a étudié Masaccio à Brera, en reprend la structure archétypale : deux corps nus chassés, l'un se couvrant le visage de honte, l'autre la main sur le ventre, dans une marche contrainte. Mais il opère un déplacement chromatique et matériel radical : les corps ne sont plus en clair-obscur, ils sont traités en ocre jaune et terre de Sienne, comme des icônes byzantines en train de se désagréger.
Le fond confirme cette intention. L'analyse rapprochée révèle qu'il ne s'agit pas d'un sutra. On distingue en haut à gauche le caractère 和 (hé) - harmonie, union - puis un ensemble de traces calligraphiques blanches, volontairement blanchies, recouvertes, illisibles, mêlées à des formes proches du tag. L'écriture n'est pas là pour être lue. Elle fonctionne comme palimpseste, comme une surface contemporaine de signes effacés sur laquelle vient s'échouer une image fondatrice de l'histoire de l'art occidental.
Ce que Xun Wu interroge ici, ce n'est donc pas l'Ignorance au sens bouddhique, mais la survivance de la honte originelle dans la peinture. Que reste-t-il de l'expulsion de Masaccio lorsque le paradis dont on est chassé n'est plus théologique, mais est celui de la lisibilité même de l'image ?
LE SILENCE COMME MÉTHODE PICTURALE
Le silence, ici, n'est pas une absence : c'est le moment où l'image cesse d'expliquer et recommence à apparaître.
C'est en ce sens que la référence à Paul Klee, que Xun Wu cite souvent en cours, prend son sens plein : « L'art ne reproduit pas le visible, il rend visible ».¹
Chez Xun Wu, cette visibilité passe paradoxalement par une forme de retrait : le corps apparaît, mais son récit se dérobe ; l'image demeure, mais son interprétation n'est jamais définitivement arrêtée.
Formellement, ce retrait se traduit par trois procédés constants : le visage frontal ou le visage voilé qui interdit l'identification psychologique, le corps fragmenté qui ne vaut plus comme totalité organique mais comme signe disponible, et l'usage du panneau de bois qui donne à la peinture une présence d'objet, proche du retable, loin de l'écran.
Pour reprendre les termes de Maurice Merleau-Ponty dans L'Œil et l'Esprit : « Le visible autour de nous semble reposer en lui-même. C'est comme si notre vision se formait en son cœur. »² Le corps chez Xun Wu est ce lieu où le visible se forme et se défait simultanément.
L'exposition « Icônes du silence » propose ainsi une traversée rigoureuse. Elle ne cherche pas à réconcilier l'Orient et l'Occident, ni à opposer tradition et contemporanéité. Elle montre comment un peintre formé entre Brera et Nanjing peut utiliser l'histoire de l'art non comme un répertoire de formes, mais comme un champ de questions sur ce que signifie encore représenter un corps.
Thierry Tessier
¹ Paul Klee (1879-1940), « Credo du créateur » (Schöpferische Credo), conférence prononcée à Iéna en 1920 ; trad. fr. in Théorie de l'art moderne, Gallimard/Denoël, coll. « Médiations », 1985, p. 34.
² Maurice Merleau-Ponty, L'Œil et l'Esprit, Gallimard, 1964.

Xun Wu (荀武) - PARCOURS
Formation
2015-2019 : Doctorat en Esthétique, École des Arts, Université Renmin de Chine, Pékin
2016 : Programme doctoral invité, Lucca Institute for Advanced Study of Cultural Heritage Protection, Italie
2012-2017 : Master en restauration de peinture à l'huile, Académie des Beaux-Arts de Brera, Milan et Académie des Beaux-Arts de Naples
2009-2011 : Master en peinture à l'huile, École des Beaux-Arts, Université de Nanjing
2000-2004 : Licence en Animation, École des Beaux-Arts, Nanjing Normal University
Parcours professionnel
Depuis 2020 : Enseignant, École des Beaux-Arts, Nanjing Normal University
Direction du département d'Art Transmédia, Université Normale de Nanjing
Professeur invité et Directeur de doctorat en arts, Kasem Bundit University, Thaïlande
2015-2019 : Vice-doyen adjoint, Renaissance Research Institute, Université Renmin de Chine
2004-2012 : Vice-doyen exécutif, École des Médias Numériques, Suzhou Top College
2004 : Enseignant, Shanghai Institute of Design, China Academy of Art
Chercheur, Renaissance Research Institute, Université Renmin ; Consultant, Taiwan Mohai Painting Association
Expositions personnelles (sélection)
2026 : Icônes du Silence, Vanities Gallery, 17 rue Biscornet, Paris (première exposition parisienne)
2024 : Galerie Il Leone, Rome
2019 : The Source of Everything, double solo avec Chihiro Rota (Japon), Taiwan
2016 : Portrait Dialogue, double solo avec Percival A. Bates (UK), Taiwan
Expositions collectives (sélection)
2019 : Singapore International Federation of Literary and Art Academic Invitational Exhibition, Singapour
2017 : Joint exhibition of experimental art by returning artists, Gu'an Art Museum, Nanjing
2016 : 65th South American Exhibition, Taiwan
2013 : Exposition collective d'œuvres remarquables, Académie des Beaux-Arts de Naples, Italie
2003 : China, Japan and Korea CG Art Joint Exhibition
Expositions à Naples, Florence, Taipei, Nanjing, Pékin
Commissariat / Recherche
2015 : Secrétaire Général du First Renmin University Renaissance International Summit Forum, commissaire de Renaissance in the Oriental Academic Exhibition, Palais Médicis, Florence, Italie
Distinctions
Kan Tai-keung Future Masters Award, Hong Kong (Zijin Award mentionné dans CP)
2003 : Nomination Award, First China Animation Achievement Award
2003 : Outstanding Work Award, Third Beijing Film Academy Awards
2003 : Bronze Award, 6th Hong Kong Kan Tai-keung Future Master Fund Award
Collections
Musée national d'art de Chine
Centennial Tower, Singapour
Publication
Contemplation on the "Cross-Border" and "Returning" of Chinese Contemporary Art, National Art Summit Forum Chongqing, 2020 China Artists Association

17, rue Biscornet
75012 Paris
du mardi au samedi
de 10h30 à 18H30




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