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GÉNÉRATION Z - algorithme, souffle et gravure

Dernière mise à jour : il y a 13 minutes


Affiche
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Organisée par Vanities Gallery à l'Espace Paris, rue Biscornet, du 3 au 7 août 2026, l'exposition « Génération Z » a clos ses cinq jours d'ouverture avec un constat mesurable : une fréquentation régulière sur la durée, une forte présence du public le jour du vernissage, et des échanges soutenus avec des professionnels, des étudiants des Beaux-Arts et des collectionneurs venus spécifiquement pour les trois ensembles présentés - Team H, Yang Xiaoshan et Asai Soshi. La proposition, qui entendait déplacer le terme Génération Z d'une catégorie d'âge vers la désignation d'un langage artistique en formation, a trouvé une vérification concrète dans l'accrochage.


1. Team H : l'algorithme comme régime narratif


Le travail de Team H occupait la partie basse de la galerie, plongée dans l'obscurité. La vidéo d'exposition montre deux dispositifs complémentaires : des projections grand format et une série d'hologrammes sur ventilateurs à hélices diffusant des silhouettes filaires bleutées - enfant couronné, peintre à la palette, corps en lévitation sous-marine.


Les projections mettent en scène des figures en combinaison blanche, casque intégral, thorax ouvert sur un cœur lumineux rouge ou bleu que l'on extrait, manipule, transfère. Le décor est celui d'un métro ou d'un couloir de transit sans issue. La narration est fragmentée, proche des cinématiques de jeu vidéo.


Pour situer ce travail dans le champ contemporain, la comparaison la plus directe n'est pas teamLab, dont la proposition reste immersive et décorative, mais plutôt avec le travail de Lawrence Lek et de Ian Cheng. Comme Lek dans Geomancer ou NOX, Team H construit un univers de fiction spéculative où l'IA n'est pas un outil de génération d'images mais le sujet même du récit : un système qui prescrit des affects. Comme chez Cheng dans Emissaries, les personnages sont des agents aux comportements émergents, soumis à des boucles.


La différence critique tient dans le traitement du corps. Là où Atkins ou Cheng privilégient une simulation psychologique, Team H isole l'organe - le cœur lumineux - comme une donnée amovible. C'est une lecture littérale de la quantification du vivant. La force du dispositif ne réside pas dans une prouesse technologique, mais dans sa pauvreté assumée : des avatars basse définition, des gestes lents, une lumière froide. Le collectif refuse l'hyperréalisme pour rendre visible la condition d'un sujet dont le libre arbitre est devenu un paramètre ajustable. Le public, filmé immobile et silencieux face aux projections, a réagi à cette mise sous condition plus qu'à un effet visuel.





2. Yang Xiaoshan : souffle et interférence


Au rez-de-chaussée sous lumière naturelle, les peintures de Yang Xiaoshan proposaient un régime opposé. Grands formats verticaux, palette restreinte autour du bleu-gris, du rose poudré et du blanc, matière atmosphérique sans contour stable. L'artiste nomme sa méthode « contemplation du souffle ».


L'examen des œuvres dans la vidéo révèle un détail qui n'apparaissait pas dans le texte de présentation : la surface, d'apparence méditative, est systématiquement interrompue par des bandes horizontales fines et par de petits rectangles opaques de couleur neutre, de type artefact numérique. La peinture n'est pas une pure abstraction lyrique ; elle est une peinture de l'interférence.

Sur ce plan, le travail de Yang Xiaoshan s'écarte de la génération précédente d'abstraits chinois comme Zao Wou-Ki ou Chu Teh-Chun, chez qui le souffle relevait d'une cosmologie picturale continue, et se rapproche de pratiques contemporaines comme celle de Su Xiaobai ou de Christine Ay Tjoe, où la surface est pensée comme un champ de forces. Plus précisément, il dialogue avec la peinture de Gerhard Richter dans sa série des Abstraktes Bilder floutées, mais en inversant le processus : chez Richter, le flou est un geste qui efface la photographie ; chez Yang Xiaoshan, le glitch est un élément qui vient perforer la peinture depuis l'intérieur du numérique.


La comparaison critique éclaire l'enjeu : Yang Xiaoshan ne cherche pas à représenter la nature, ni à opposer nature et technologie. Il peint un état respiratoire contemporain où la perception du vivant est déjà entrecoupée de signaux. La peinture devient un espace de résistance lente. C'est ce qui explique l'attention portée par les visiteurs, visibles dans la vidéo en train de s'approcher très près de la toile pour distinguer le lavis de l'artefact.





3. Asai Soshi : la gravure comme contre-temps analytique


Le troisième ensemble, consacré à Asai Soshi, réunissait une série de gravures sur cuivre de format moyen, présentées sous éclairage dirigé. Dessin d'une grande précision, noirs profonds, réseau dense de hachures et de pointillés.


Corps fragmentés, mains démesurées offrant des scènes miniatures, visages en profil traversés de végétation, créatures hybrides, intérieurs oniriques où le mobilier se confond avec l'anatomie. Une estampe montre une femme allongée recevant un faisceau lumineux peuplé de petites figures ailées ; une autre, un corps vu en contre-plongée livré à une prolifération de symboles.


La référence historique à Piranèse ou à Kubin est immédiate pour la structure labyrinthique et l'inquiétude. Mais sur le terrain contemporain, le travail de Asai Soshi se distingue nettement de la gravure japonaise actuelle souvent tournée vers le minimalisme. Il se rapproche plutôt d'artistes comme Laurie Lipton, qui utilise le dessin au crayon à la manière d'une gravure pour construire des allégories sociales, ou comme Marc Bauer pour la narration par le trait.



La différence critique est le rapport au temps de l'image. À l'heure où la plupart des pratiques liées au dessin contemporain intègrent la vitesse de diffusion d'Instagram, Asai Soshi fait le choix inverse d'un médium lent, qui exige une morsure, un encrage, un tirage. Ce n'est pas une position nostalgique. C'est une méthode d'analyse : face à la circulation accélérée des images numériques exposée à quelques mètres par Team H, la gravure impose un ralentissement du regard et une lecture par couches. L'œuvre ne se donne pas en une fois, elle se déchiffre. La vidéo montre ce phénomène : les spectateurs adoptent une posture d'examen proche, à la différence de la posture de captation à distance observée dans la salle vidéo.




Conclusion


L'intérêt de « Génération Z » rue Biscornet ne tient pas à une unité stylistique, mais à la mise en tension de trois régimes de production d'images qui coexistent aujourd'hui sans se voir.


Team H interroge la condition d'un sujet programmé, Yang Xiaoshan propose une peinture du souffle altéré par le signal, Asai Soshi réactive un médium ancien comme outil de décélération critique. Ces trois positions, mises en espace dans la galerie à deux niveaux, ont permis de rendre lisible une hypothèse : le langage artistique en formation chez cette jeune génération d'artistes originaires de Chine et du Japon ne se définit ni par le tout-numérique ni par le retour au métier, mais par la capacité à faire cohabiter ces temporalités dans une même pratique.


Pour Vanities Gallery, l'exposition a rempli son rôle de plateforme de recherche. La qualité de l'accrochage, la cohérence du parcours entre le rez-de-chaussée lumineux et la salle obscure, et la qualité des échanges observés confirment la pertinence de ce cycle consacré aux perceptions du futur.


Thierry Tessier








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